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  <title>Le Chevalier Danceny</title>
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    <title>Lettre CLXXIV: Le Chevalier Danceny à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-07-28T21:20:16Z</published>
    <updated>2006-12-26T09:45:40Z</updated>
    <content type="html">Vous avez raison, Madame, et sûrement je ne vous refuserai rien de ce qui dépendra de moi, et à quoi vous paraîtrez attacher quelque prix. Le paquet que j'ai l'honneur de vous adresser contient toutes les lettres de Mademoiselle de Volanges. Si vous les lisez, vous ne verrez peut-être pas sans étonnement qu'on puisse réunir tant d'ingénuité et tant de perfidie. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;C'est, au moins, ce qui m'a frappé le plus dans la dernière lecture que je viens d'en faire. Mais surtout, peut-on se défendre de la plus vive indignation contre Madame de Merteuil, quand on se rappelle avec quel affreux plaisir elle a mis tous ses soins à abuser de tant d'innocence et de candeur?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, je n'ai plus d'amour. Je ne conserve rien d'un sentiment si indignement trahi; et ce n'est pas lui qui me fait chercher à justifier Mademoiselle de Volanges. Mais cependant, ce cœur si simple, ce caractère si doux et si facile, ne se seraient-ils pas portés au bien, plus aisément encore qu'ils ne se sont laissés entraîner vers le mal? Quelle jeune personne, sortant de même du Couvent, sans expérience et presque sans idées, et ne portant dans le monde, comme il arrive presque toujours alors, qu'une égale ignorance du bien et du mal; quelle jeune personne, dis-je, aurait pu résister davantage à de si coupables artifices? Ah! pour être indulgent, il suffit de réfléchir à combien de circonstances indépendantes de nous tient l'alternative effrayante de la délicatesse, ou de la dépravation de nos sentiments. Vous me rendiez donc justice, Madame, en pensant que les torts de Mademoiselle de Volanges, que j'ai sentis bien vivement ne m'inspirent pourtant aucune idée de vengeance. C'est bien assez d'être obligé de renoncer à l'aimer! il m'en coûterait trop de la haïr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai eu besoin d'aucune réflexion pour désirer que tout ce qui la concerne, et qui pourrait lui nuire, restât à jamais ignoré de tout le monde. Si j'ai paru différer quelque temps de remplir vos désirs à cet égard, je crois pouvoir ne pas vous en cacher le motif; j'ai voulu auparavant être sûr que je ne serais point inquiété sur les suites de ma malheureuse affaire. Dans un temps où je demandais votre indulgence, où j'osais même croire y avoir quelques droits, j'aurais craint d'avoir l'air de l'acheter en quelque sorte par cette condescendance de ma part; et, sûr de la pureté de mes motifs, j'ai eu, je l'avoue, l'orgueil de vouloir que vous ne pussiez en douter. J'espère que vous pardonnerez cette délicatesse, peut-être trop susceptible, à la vénération que vous m'inspirez, au cas que je fais de votre estime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le même sentiment me fait vous demander, pour dernière grâce, de vouloir bien me faire savoir si vous jugez que j'aie rempli tous les devoirs qu'ont pu m'imposer les malheureuses circonstances dans lesquelles je me suis trouvé. Une fois tranquille sur ce point; mon parti est pris; je pars pour Malte: j'irai y faire avec plaisir, et y garder religieusement, des vœux qui me sépareront d'un monde dont, si jeune encore, j'ai déjà eu tant à me plaindre; j'irai enfin chercher à perdre, sous un ciel étranger, l'idée de tant d'horreurs accumulées, et dont le souvenir ne pourrait qu'attrister et flétrir mon âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec respect, Madame, votre très humble, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 26 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXIX: Le Chevalier Danceny à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-07-28T21:18:18Z</published>
    <updated>2006-12-12T17:54:27Z</updated>
    <content type="html">Madame,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être trouverez-vous la démarche que je fais aujourd'hui, bien étrange: mais je vous en supplie, écoutez-moi avant de me juger, et ne voyez ni audace ni témérité, où il n'y a que respect et confiance. Je ne me dissimule pas les torts que j'ai vis-à-vis de vous; et je ne me les pardonnerais de ma vie, si je pouvais penser un moment qu'il m'eût été possible d'éviter de les avoir. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Soyez même bien persuadée, Madame, que pour me trouver exempt de reproches, je ne le suis pas de regrets; et je peux ajouter encore avec sincérité que ceux que je vous cause entrent pour beaucoup dans ceux que je ressens. Pour croire à ces sentiments dont j'ose vous assurer, il doit vous suffire de vous rendre justice, et de savoir que, sans avoir l'honneur d'être connu de vous, j'ai pourtant celui de vous connaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, quand je gémis de la fatalité qui a causé à la fois vos chagrins et mes malheurs, on veut me faire craindre que, tout entière à votre vengeance, vous ne cherchiez les moyens de la satisfaire, jusque dans la sévérité des lois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Permettez-moi d'abord de vous observer à ce sujet, qu'ici votre douleur vous abuse, puisque mon intérêt sur ce point est essentiellement lié à celui de M. de Valmont, et qu'il se trouverait enveloppé lui-même dans la condamnation que vous auriez provoquée contre moi. Je croirais donc, Madame, pouvoir au contraire compter plutôt de votre part sur des secours que sur des obstacles, dans les soins que je pourrais être obligé de prendre pour que ce malheureux événement restât enseveli dans le silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cette ressource de complicité, qui convient également au coupable et à l'innocent, ne peut suffire à ma délicatesse: en désirant de vous écarter comme partie, je vous réclame comme mon Juge. L'estime des personnes qu'on respecte est trop précieuse pour que je me laisse ravir la vôtre sans la défendre, et je crois en avoir les moyens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, si vous convenez que la vengeance est permise, disons mieux, qu'on se la doit, quand on a été trahi dans son amour, dans son amitié, et surtout, dans sa confiance; si vous en convenez, mes torts vont disparaître à vos yeux. N'en croyez pas mes discours mais lisez, si vous en avez le courage, la correspondance que je dépose entre vos mains.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; La quantité de lettres qui s'y trouvent en original paraît rendre authentiques celles dont il n'existe que des copies. Au reste, j'ai reçu ces papiers, tels que j'ai l'honneur de vous les adresser, de M. de Valmont lui-même. Je n'y ai rien ajouté, et je n'en ai distrait que deux lettres que je me suis permis de publier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://merteuil-1782.livejournal.com/2916.html"&gt;L'une&lt;/a&gt; était nécessaire à la vengeance commune de M. de Valmont et de moi, à laquelle nous avions droit tous deux, et dont il m'avait expressément chargé. J'ai cru de plus que c'était rendre service à la société que de démasquer une femme aussi réellement dangereuse que l'est Madame de Merteuil, et qui, comme vous pourrez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s'est passé entre M. de Valmont et moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un sentiment de justice m'a porté aussi à publier &lt;a href="http://merteuil-1782.livejournal.com/3200.html"&gt;la seconde&lt;/a&gt; pour la justification de M. de Prévan, que je connais à peine, mais qui n'avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu'il vient d'éprouver, ni la sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il gémit depuis ce temps, sans avoir rien pour s'en défendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous ne trouverez donc que la copie de ces deux lettres, dont je me dois de garder les originaux. Pour tout le reste, je ne crois pas pouvoir remettre en de plus sûres mains un dépôt qu'il m'importe peut-être qui ne soit pas détruit, mais dont je rougirais d'abuser. Je crois, Madame, en vous confiant ces papiers, servir aussi bien les personnes qu'ils intéressent, qu'en les leur remettant à elles-mêmes; et je leur sauve l'embarras de les recevoir de moi, et de me savoir instruit d'aventures, que sans doute elles désirent que tout le monde ignore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois devoir vous prévenir à ce sujet que cette correspondance ci-jointe n'est qu'une partie d'une collection bien plus volumineuse, dont M. de Valmont l'a tirée en ma présence, et que vous devez retrouver à la levée des scellés, sous le titre, que j'ai vu, de&lt;i&gt; Compte ouvert entre la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont. &lt;/i&gt;Vous prendrez, sur cet objet, le parti que vous suggérera votre prudence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec respect, Madame, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P.S.: Quelques avis que j'ai reçus, et les conseils de mes amis m'ont décidé à m'absenter de Paris pour quelque temps: mais le lieu de ma retraite, tenu secret pour tout le monde, ne le sera pas pour vous. Si vous m'honorez d'une réponse, je vous prie de l'adresser à la Commanderie de ..., par P ..., et sous le couvert de M. le Commandeur de ***. C'est de chez lui que j'ai l'honneur de vous écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 12 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 C'est de cette correspondance, de celle remise pareillement à la mort de Madame de Tourvel, et des lettres confiées aussi à Madame de Rosemonde par Madame de Volanges qu'on a formé le présent recueil, dont les originaux subsistent entre les mains des héritiers de Madame de Rosemonde.&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXII: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-07-28T21:16:32Z</published>
    <updated>2006-12-06T23:39:46Z</updated>
    <content type="html">Je suis instruit, Monsieur, de vos procédés envers moi. Je sais aussi que, non content de m'avoir indignement joué, vous ne craignez pas de vous en vanter, de vous en applaudir. J'ai vu la preuve de votre trahison écrite de votre main. J'avoue que mon cœur en a été navré, et que j'ai ressenti quelque honte d'avoir autant aidé moi-même à l'odieux abus que vous avez fait de mon aveugle confiance; pourtant je ne vous envie pas ce honteux avantage; je suis seulement curieux de savoir si vous les conserverez tous également sur moi. J'en serai instruit, si, comme je l'espère, vous voulez bien vous trouver demain, entre huit et neuf heures du matin, à la porte du bois de Vincennes, Village de Saint-Mandé. J'aurai soin d'y faire trouver tout ce qui sera nécessaire pour les éclaircissements qui me restent à prendre avec vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Chevalier Danceny. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 6 décembre 17**&lt;/i&gt;, au soir.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLVII: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-07-28T21:13:16Z</published>
    <updated>2006-12-05T17:11:12Z</updated>
    <content type="html">Ne doutez pas, mon cher Vicomte, ni de mon cœur, ni de mes démarches: comment résisterais-je à un désir de ma Cécile? Ah! c'est bien elle, elle seule que j'aime, que j'aimerai toujours! son ingénuité, sa tendresse ont un charme pour moi, dont j'ai pu avoir la faiblesse de me laisser distraire, mais que rien n'effacera jamais. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Engagé dans une autre aventure, pour ainsi dire sans m'en être aperçu, souvent le souvenir de Cécile est venu me troubler jusque dans les plus doux plaisirs; et peut-être mon cœur ne lui a-t-il jamais rendu d'hommage plus vrai que dans le moment même où je lui étais infidèle. Cependant, mon ami, ménageons sa délicatesse et cachons-lui mes torts; non pour la surprendre, mais pour ne pas l'affliger. Le bonheur de Cécile est le vœu le plus ardent que je forme; jamais je ne me pardonnerais une faute qui lui aurait coûté une larme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai mérité, je le sens, la plaisanterie que vous me faites sur ce que vous appelez mes nouveaux principes; mais vous pouvez m'en croire; ce n'est point par eux que je me conduis dans ce moment; et dès demain je suis décidé à le prouver. J'irai m'accuser à celle même qui a causé mon égarement, et qui l'a partagé; je lui dirai: «Lisez dans mon cœur; il a pour vous l'amitié la plus tendre; l'amitié unie au désir ressemble tant à l'amour!... Tous deux nous nous sommes trompés; mais susceptible d'erreur, je ne suis point capable de mauvaise foi.» Je connais mon amie; elle est honnête autant qu'indulgente; elle fera plus que me pardonner, elle m'approuvera. Elle-même se reprochait souvent d'avoir trahi l'amitié; souvent sa délicatesse effrayait son amour: plus sage que moi, elle fortifiera dans mon âme ces craintes utiles, que je cherchais témérairement à étouffer dans la sienne. Je lui devrai d'être meilleur, comme à vous d'être plus heureux. Ô mes amis, partagez ma reconnaissance. L'idée de vous devoir mon bonheur en augmente le prix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher Vicomte. L'excès de ma joie ne m'empêche point de songer à vos peines, et d'y prendre part. Que ne puis-je vous être utile! Madame de Tourvel reste donc inexorable? On la dit aussi bien malade. Mon Dieu, que je vous plains! Puisse-t-elle reprendre à la fois de la santé et de l'indulgence, et faire à jamais votre bonheur! Ce sont les vœux de l'amitié; j'ose espérer qu'ils seront exaucés par l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais causer plus longtemps avec vous; mais l'heure me presse, et peut- être Cécile m'attend déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 5 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CL: Le Chevalier Danceny à la Marquise de Merteuil</title>
    <published>2006-07-28T21:12:02Z</published>
    <updated>2006-12-03T12:17:59Z</updated>
    <content type="html">En attendant le bonheur de te voir, je me livre, ma tendre amie, au plaisir de t'écrire; et c'est en m'occupant de toi, que je charme le regret d'en être éloigné. Te tracer mes sentiments, me rappeler les tiens est pour mon cœur une vraie jouissance; et c'est par elle que le temps même des privations m'offre encore mille biens précieux à mon amour. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Cependant, s'il faut t'en croire, je n'obtiendrai point de réponse de toi: cette lettre même sera la dernière; et nous nous priverons d'un commerce qui, selon toi, est dangereux, et &lt;i&gt;dont nous n'avons pas besoin&lt;/i&gt;. Sûrement je t'en croirai, si tu persistes: car que peux-tu vouloir, que par cette raison même je ne le veuille aussi? Mais avant de te décider entièrement, ne permettras-tu pas que nous en causions ensemble?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur l'article des dangers, tu dois juger seule: je ne puis rien calculer, et je m'en tiens à te prier de veiller à ta sûreté, car je ne puis être tranquille quand tu seras inquiète. Pour cet objet, ce n'est pas nous deux qui ne sommes qu'un, c'est toi qui es nous deux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'en est pas de même &lt;i&gt;sur le besoin&lt;/i&gt;; ici nous ne pouvons avoir qu'une même pensée; et si nous différons d'avis, ce ne peut être que faute de nous expliquer ou de nous entendre. Voici donc ce que je crois sentir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute, une lettre paraît bien peu nécessaire, quand on peut se voir librement. Que dirait-elle, qu'un mot, un regard, ou même le silence, n'exprimassent cent fois mieux encore? Cela me paraît si vrai que, dans le moment où tu me parlas de ne plus nous écrire, cette idée glissa facilement sur mon âme; elle la gêna peut-être, mais ne l'affecta point. Tel à peu près, quand voulant donner un baiser sur ton cœur, je rencontre un ruban ou une gaze, je l'écarte seulement, et n'ai cependant pas le sentiment d'un obstacle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais depuis, nous nous sommes séparés; et dès que tu n'as plus été là, cette idée de lettre est revenue me tourmenter. Pourquoi, me suis-je dit, cette privation de plus? Quoi! pour être éloignés, n'a-t-on plus rien à se dire? Je suppose que, favorisés par les circonstances, on passe ensemble une journée entière; faudra-t-il prendre le temps de causer sur celui de jouir? Oui, de jouir, ma tendre amie; car auprès de toi, les moments même du repos fournissent encore une jouissance délicieuse. Enfin, quel que soit le temps, on finit par se séparer, et puis, on est si seul! C'est alors qu'une lettre est si précieuse; si on ne la lit pas, du moins on la regarde... Ah! sans doute, on peut regarder une lettre sans la lire, comme il me semble que la nuit j'aurais encore quelque plaisir à toucher ton portrait...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ton portrait, ai-je dit? Mais une lettre est le portrait de l'âme. Elle n'a pas, comme une froide image, cette stagnance si éloignée de l'amour; elle se prête à tous nos mouvements: tour à tour elle s'anime, elle jouit, elle se repose... Tes sentiments me sont tous si précieux! me priveras-tu d'un moyen de les recueillir?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Es-tu donc sûre que le besoin de m'écrire ne te tourmentera jamais? Si dans la solitude, ton cœur se dilate ou s'oppresse, si un mouvement de joie passe jusqu'à ton âme, si une tristesse involontaire vient la troubler un moment; ce ne sera donc pas dans le sein de ton ami que tu répandras ton bonheur ou ta peine? tu auras donc un sentiment qu'il ne partagera pas? tu le laisseras donc, rêveur et solitaire, s'égarer loin de toi? Mon amie... ma tendre amie! Mais c'est à toi qu'il appartient de prononcer. J'ai voulu discuter seulement, et non pas te séduire; je ne t'ai dit que des raisons, j'ose croire que j'eusse été plus fort par des prières. Je tâcherai donc, si tu persistes, de ne pas m'affliger; je ferai mes efforts pour me dire ce que tu m'aurais écrit, mais tiens, tu le dirais mieux que moi; et j'aurais surtout plus de plaisir à l'entendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma charmante amie; l'heure approche enfin où je pourrai te voir: je te quitte bien vite, pour t'aller retrouver plus tôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 3 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CXLVIII: Le Chevalier Danceny à la Marquise de Merteuil</title>
    <published>2006-07-28T21:10:45Z</published>
    <updated>2006-12-01T11:31:16Z</updated>
    <content type="html">Ô vous, que j'aime! ô toi, que j'adore! ô vous, qui avez commencé mon bonheur! ô toi, qui l'as comblé! Amie sensible, tendre Amante, pourquoi le souvenir de ta douleur vient-il troubler le charme que j'éprouve? Ah! madame, calmez-vous, c'est l'amitié qui vous le demande. Ô mon amie, sois heureuse, c'est la prière de l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Hé! quels reproches avez-vous donc à vous faire? croyez-moi, votre délicatesse vous abuse. Les regrets qu'elle vous cause, les torts dont elle m'accuse, sont également illusoires; et je sens dans mon cœur qu'il n'y a eu entre nous deux d'autre séducteur que l'amour. Ne crains donc plus de te livrer aux sentiments que tu inspires, de te laisser pénétrer de tous les feux que tu fais naître. Quoi! pour avoir été éclairés plus tard, nos cœurs en seraient-ils moins purs? non, sans doute. C'est au contraire la séduction, qui, n'agissant jamais que par projets, peut combiner sa marche et ses moyens, et prévoir au loin les événements. Mais l'amour véritable ne permet pas ainsi de méditer et de réfléchir: il nous distrait de nos pensées par nos sentiments; son empire n'est jamais plus fort que quand il est inconnu; et c'est dans l'ombre et le silence qu'il nous entoure de liens qu'il est également impossible d'apercevoir et de rompre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est ainsi qu'hier même, malgré la vive émotion que me causait l'idée de votre retour, malgré le plaisir extrême que je sentis en vous voyant, je croyais pourtant n'être encore appelé ni conduit que par la paisible amitié: ou plutôt, entièrement livré aux doux sentiments de mon cœur, je m'occupais bien peu d'en démêler l'origine ou la cause. Ainsi que moi, ma tendre amie, tu éprouvais, sans le connaître, ce charme impérieux qui livrait nos âmes aux douces impressions de la tendresse: et tous deux nous n'avons reconnu l'Amour qu'en sortant de l'ivresse où ce Dieu nous avait plongés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cela même nous justifie au lieu de nous condamner. Non, tu n'as pas trahi l'amitié, et je n'ai pas davantage abusé de ta confiance. Tous deux, il est vrai, nous ignorions nos sentiments; mais cette illusion, nous l'éprouvions seulement sans chercher à la faire naître. Ah! loin de nous en plaindre, ne songeons qu'au bonheur qu'elle nous a procuré; et sans le troubler par d'injustes reproches, ne nous occupons qu'à l'augmenter encore par le charme de la confiance et de la sécurité. Ô mon amie! que cet espoir est cher à mon cœur! Oui, désormais délivrée de toute crainte, et tout entière à l'amour, tu partageras mes désirs, mes transports, le délire de mes sens, l'ivresse de mon âme; et chaque instant de nos jours fortunés sera marqué par une volupté nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, toi que j'adore! Je te verrai ce soir, mais te trouverai-je seule? Je n'ose l'espérer. Ah! tu ne le désires pas autant que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 1 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CXVIII: Le Chevalier Danceny à la Marquise de Merteuil</title>
    <published>2006-07-28T21:08:23Z</published>
    <updated>2006-10-19T11:59:53Z</updated>
    <content type="html">Si j'en crois mon Almanach, il n'y a, mon adorable amie, que deux jours que vous êtes absente; mais si j'en crois mon cœur, il y a deux siècles. Or, je le tiens de vous-même, c'est toujours son cœur qu'il faut croire; il est donc bien temps que vous reveniez, et toutes vos affaires doivent être plus que finies. Comment voulez-vous que je m'intéresse à votre procès, si, perte ou gain, j'en dois également payer les frais par l'ennui de votre absence? Oh! que j'aurais envie de quereller! et qu'il est triste, avec un si beau sujet d'avoir de l'humeur, de n'avoir pas le droit d'en montrer!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;N'est-ce pas cependant une véritable infidélité, une noire trahison, que de laisser votre ami loin de vous, après l'avoir accoutumé à ne pouvoir plus se passer de votre présence? Vous aurez beau consulter vos Avocats, ils ne vous trouveront pas de justification pour ce mauvais procédé: et puis, ces gens-là ne disent que des raisons, et des raisons ne suffisent pas pour répondre à des sentiments.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour moi, vous m'avez tant dit que c'était par raison que vous faisiez ce voyage, que vous m'avez tout à fait brouillé avec elle. Je ne veux plus du tout l'entendre; pas même quand elle me dit de vous oublier. Cette raison-là est pourtant bien raisonnable; et au fait, cela ne serait pas si difficile que vous pourriez le croire. Il suffirait seulement de perdre l'habitude de penser toujours à vous, et rien ici, je vous assure, ne vous rappellerait à moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nos plus jolies femmes, celles qu'on dit les plus aimables, sont encore si loin de vous qu'elles ne pourraient en donner qu'une bien faible idée. Je crois même qu'avec des yeux exercés, plus on a cru d'abord qu'elles vous ressemblaient, plus on y trouve après de différence: elles ont beau faire, beau y mettre tout ce qu'elles savent, il leur manque toujours d'être vous, et c'est positivement là qu'est le charme. Malheureusement, quand les journées sont si longues, et qu'on est désoccupé, on rêve, on fait des châteaux en Espagne, on se crée sa chimère; peu à peu l'imagination s'exalte: on veut embellir son ouvrage, on rassemble tout ce qui peut plaire, on arrive enfin à la perfection; et dès qu'on en est là, le portrait ramène au modèle, et on est tout étonné de voir qu'on n'a fait que songer à vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce moment même, je suis encore la dupe d'une erreur à peu près semblable. Vous croyez peut-être que c'était pour m'occuper de vous, que je me suis mis à vous écrire? point du tout: c'était pour m'en distraire. J'avais cent choses à vous dire dont vous n'étiez pas l'objet, qui, comme vous savez, m'intéressent bien vivement; et ce sont celles-là pourtant dont j'ai été distrait. Et depuis quand le charme de l'amitié distrait-il donc de celui de l'amour? Ah! si j'y regardais de bien près, peut-être aurais-je un petit reproche à me faire! Mais chut! oublions cette légère faute de peur d'y retomber; et que mon amie elle-même l'ignore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi pourquoi n'êtes-vous pas là pour me répondre, pour me ramener si je m'égare; pour me parler de ma Cécile, pour augmenter, s'il est possible, le bonheur que je goûte à l'aimer, par l'idée si douce que c'est votre amie que j'aime? Oui, je l'avoue, l'amour qu'elle m'inspire m'est devenu plus précieux encore, depuis que vous avez bien voulu en recevoir la confidence. J'aime tant à vous ouvrir mon cœur, à occuper le vôtre de mes sentiments, à les y déposer sans réserve! il me semble que je les chéris davantage, à mesure que vous daignez les recueillir; et puis, je vous regarde et je me dis: C'est en elle qu'est renfermé tout mon bonheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai rien de nouveau à vous apprendre sur ma situation. &lt;a href="http://cecile-1782.livejournal.com/6148.html"&gt;La dernière Lettre&lt;/a&gt; que j'ai reçue&lt;i&gt; d'elle &lt;/i&gt;augmente et assure mon espoir, mais le retarde encore. Cependant ses motifs sont si tendres et si honnêtes que je ne puis l'en blâmer ni m'en plaindre. Peut-être n'entendrez-vous pas trop bien ce que je vous dis là; mais pourquoi n'êtes-vous pas ici? Quoiqu'on dise tout à son amie, on n'ose pas tout écrire. Les secrets de l'amour, surtout, sont si délicats qu'on ne peut les laisser aller ainsi sur leur bonne foi. Si quelquefois on leur permet de sortir, il ne faut pas au moins les perdre de vue; il faut en quelque sorte les voir entrer dans leur nouvel asile. Ah! revenez donc, mon adorable amie; vous voyez bien que votre retour est nécessaire. Oubliez enfin les &lt;i&gt;mille raisons &lt;/i&gt;qui vous retiennent où vous êtes, ou apprenez-moi à vivre où vous n'êtes pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai l'honneur d'être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 19 octobre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CXVI: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-07-28T21:07:24Z</published>
    <updated>2006-10-17T08:02:32Z</updated>
    <content type="html">Madame de Merteuil est partie ce matin pour la campagne; ainsi, ma charmante Cécile, me voilà privé du seul plaisir qui me restait en votre absence, celui de parler de vous à votre amie et à la mienne. Depuis quelque temps, elle m'a permis de lui donner ce titre; et j'en ai profité avec d'autant plus d'empressement, qu'il me semblait, par là, me rapprocher de vous davantage. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Mon Dieu! que cette femme est aimable et quel charme flatteur elle sait donner à l'amitié! Il semble que ce doux sentiment s'embellisse et se fortifie chez elle de tout ce qu'elle refuse à l'amour. Si vous saviez comme elle vous aime, comme elle se plaît à m'entendre lui parler de vous!... C'est là sans doute ce qui m'attache autant à elle. Quel bonheur de pouvoir vivre uniquement pour vous deux, de passer sans cesse des délices de l'amour aux douceurs de l'amitié, d'y consacrer toute mon existence, d'être en quelque sorte le point de réunion de votre attachement réciproque; et de sentir toujours que, m'occupant du bonheur de l'une, je travaillerais également à celui de l'autre! Aimez, aimez beaucoup, ma charmante amie, cette femme adorable. L'attachement que j'ai pour elle, donnez-y plus de prix encore, en le partageant. Depuis que j'ai goûté le charme de l'amitié, je désire que vous l'éprouviez à votre tour. Les plaisirs que je ne partage pas avec vous, il me semble n'en jouir qu'à moitié. Oui, ma Cécile, je voudrais entourer votre cœur de tous les sentiments les plus doux; que chacun de ses mouvements vous fît éprouver une sensation de bonheur; et je croirais encore ne pouvoir jamais vous rendre qu'une partie de la félicité que je tiendrais de vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi faut-il que ces projets charmants ne soient qu'une chimère de mon imagination, et que la réalité ne m'offre au contraire que des privations douloureuses et indéfinies? L'espoir que vous m'aviez donné de vous voir à cette campagne, je m'aperçois bien qu'il faut y renoncer. Je n'ai plus de consolation que celle de me persuader qu'en effet cela ne vous est pas possible. Et vous négligez de me le dire, de vous en affliger avec moi! Déjà, deux fois, mes plaintes à ce sujet sont restées sans réponse. Ah! Cécile! Cécile, je crois bien que vous m'aimez de toutes les facultés de votre âme, mais votre âme n'est pas brûlante comme la mienne! Que n'est-ce à moi à lever les obstacles? Pourquoi ne sont-ce pas mes intérêts qu'il me faille ménager, au lieu des vôtres? je saurais bientôt vous prouver que rien n'est impossible à l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous ne me mandez pas non plus quand doit finir cette absence cruelle: au moins, ici, peut-être vous verrais-je. Vos charmants regards ranimeraient mon âme abattue; leur touchante expression rassurerait mon cœur, qui quelquefois en a besoin. Pardon, ma Cécile; cette crainte n'est pas un soupçon. Je crois à votre amour, à votre constance. Ah! je serais trop malheureux, si j'en doutais. Mais tant d'obstacles! et toujours renouvelés! Mon amie, je suis triste, bien triste. Il semble que ce départ de Madame de Merteuil ait renouvelé en moi le sentiment de tous mes malheurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma Cécile; adieu, ma bien-aimée. Songez que votre Amant s'afflige, et que vous pouvez seule lui rendre le bonheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 17 octobre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre XCII: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-07-28T21:04:47Z</published>
    <updated>2006-09-27T17:46:49Z</updated>
    <content type="html">Ô mon ami! &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/26315.html"&gt;votre Lettre&lt;/a&gt; m'a glacé d'effroi. Cécile... Ô Dieu! est-il possible? Cécile ne m'aime plus. Oui, je vois cette affreuse vérité à travers le voile dont votre amitié l'entoure. Vous avez voulu me préparer à recevoir ce coup mortel. Je vous remercie de vos soins, mais peut-on en imposer à l'amour? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Il court au-devant de ce qui l'intéresse; il n'apprend pas son sort, il le devine. Je ne doute plus du mien: parlez-moi sans détour, vous le pouvez, et je vous en prie. Mandez-moi tout; ce qui a fait naître vos soupçons, ce qui les a confirmés. Les moindres détails sont précieux. Tâchez, surtout, de vous rappeler ses paroles. Un mot pour l'autre peut changer toute une phrase; le même a quelquefois deux sens... Vous pouvez vous être trompé: hélas, je cherche à me flatter encore. Que vous a-t-elle dit? me fait-elle quelque reproche? au moins ne se défend-elle pas de ses torts? J'aurais dû prévoir ce changement, par les difficultés que, depuis un temps, elle trouve à tout. L'amour ne connaît pas tant d'obstacles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quel parti dois-je prendre? que me conseillez-vous? Si je tentais de la voir? cela est-il donc impossible? L'absence est si cruelle, si funeste... et elle a refusé un moyen de me voir! Vous ne me dites pas quel il était; s'il y avait en effet trop de danger, elle sait bien que je ne veux pas qu'elle se risque trop. Mais aussi je connais votre prudence; et pour mon malheur, je ne peux pas ne pas y croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que vais-je faire à présent? comment lui écrire? Si je lui laisse voir mes soupçons, ils la chagrineront peut-être; et s'ils sont injustes, me pardonnerais- je de l'avoir affligée? Si je les lui cache, c'est la tromper, et je ne sais point dissimuler avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oh! si, elle pouvait savoir ce que je souffre, ma peine la toucherait. Je la connais sensible; elle a le cœur excellent et j'ai mille preuves de son amour. Trop de timidité, quelque embarras, elle est si jeune! et sa mère la traite avec tant de sévérité! Je vais lui écrire; je me contiendrai; je lui demanderai seulement de s'en remettre entièrement à vous. Quand même elle refuserait encore, elle ne pourra pas au moins se fâcher de ma prière, et peut-être elle consentira.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous, mon ami, je vous fais mille excuses, et pour elle et pour moi. Je vous assure qu'elle sent le prix de vos soins, qu'elle en est reconnaissante. Ce n'est pas méfiance, c'est timidité. Ayez de l'indulgence; c'est le plus beau caractère de l'amitié. La vôtre m'est bien précieuse, et je ne sais comment reconnaître tout ce que vous faites pour moi. Adieu, je vais écrire tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sens toutes mes craintes revenir; qui m'eût dit que jamais il m'en coûterait de lui écrire! Hélas! hier encore, c'était mon plaisir le plus doux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon ami; continuez-moi vos soins, et plaignez-moi beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 27 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre LXXX: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-07-28T20:59:38Z</published>
    <updated>2006-09-18T14:18:09Z</updated>
    <content type="html">Cécile, ma chère Cécile, quand viendra le temps de nous revoir? qui m'apprendra à vivre loin de vous? qui m'en donnera la force et le courage? Jamais, non, jamais, je ne pourrai supporter cette fatale absence. Chaque jour ajoute à mon malheur et n'y point voir de terme! &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Valmont qui m'avait promis des secours, des consolations, Valmont me néglige, et peut-être m'oublie. Il est auprès de ce qu'il aime; il ne sait plus ce qu'on souffre quand on en est éloigné. En me faisant passer &lt;a href="http://cecile-1782.livejournal.com/4801.html"&gt;votre dernière Lettre&lt;/a&gt;, il ne m'a point écrit. C'est lui pourtant qui doit m'apprendre quand je pourrai vous voir et par quel moyen. N'a-t-il donc rien à me dire? Vous-même, vous ne m'en parlez pas, serait-ce que vous n'en partagez plus le désir? Ah! Cécile, Cécile, je suis bien malheureux. Je vous aime plus que jamais: mais cet amour, qui fait le charme de ma vie, en devient le tourment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, je ne peux plus vivre ainsi, il faut que je vous voie, il le faut, ne fût-ce qu'un moment. Quand je me lève, je me dis; «Je ne la verrai pas.» Je me couche en disant: «Je ne l'ai point vue.» Les journées si longues n'ont pas un moment pour le bonheur. Tout est privation, tout est regret, tout est désespoir; et tous ces maux me viennent d'où j'attendais tous mes plaisirs! Ajoutez à ces peines mortelles mon inquiétude sur les vôtres, et vous aurez une idée de ma situation. Je pense à vous sans cesse, et n'y pense jamais sans trouble. Si je vous vois affligée, malheureuse, je souffre de tous vos chagrins; si je vous vois tranquille et consolée, ce sont les miens qui redoublent. Partout je trouve le malheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah! qu'il n'en était pas ainsi, quand vous habitiez les mêmes lieux que moi! Tout alors était plaisir. La certitude de vous voir embellissait même les moments de l'absence; le temps qu'il fallait passer loin de vous m'approchait de vous en s'écoulant. L'emploi que j'en faisais ne vous était jamais étranger. Si je remplissais des devoirs, ils me rendaient plus digne de vous; si je cultivais quelque talent, j'espérais vous plaire davantage. Lors même que les distractions du monde m'emportaient loin de vous, je n'en étais point séparé. Au Spectacle, je cherchais à deviner ce qui vous aurait plu; un concert me rappelait vos talents et nos si douces occupations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le cercle, comme aux promenades, je saisissais la plus légère ressemblance. Je vous comparais à tout; partout vous aviez l'avantage. Chaque moment du jour était marqué par un hommage nouveau, et chaque soir j'en apportais le tribut à vos pieds.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, que me reste-t-il? des regrets douloureux, des privations éternelles, et un léger espoir que le silence de Valmont diminue, que le vôtre change en inquiétude. Dix lieues seulement nous séparent, et cet espace si facile à franchir devient pour moi seul un obstacle insurmontable! et quand, pour m'aider à le vaincre, j'implore mon ami, ma Maîtresse, tous deux restent froids et tranquilles! Loin de me secourir, ils ne me répondent même pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'est donc devenue l'amitié active de Valmont? que sont devenus, surtout, vos sentiments si tendres, et qui vous rendaient si ingénieuse pour trouver les moyens de nous voir tous les jours? Quelquefois, je m'en souviens, sans cesser d'en avoir le désir, je me trouvais forcé de le sacrifier à des considérations, à des devoirs; que ne me disiez-vous pas alors? par combien de prétextes ne combattiez-vous pas mes raisons! Et qu'il vous en souvienne, ma Cécile, toujours mes raisons cédaient à vos désirs. Je ne m'en fais point un mérite! je n'avais pas même celui du sacrifice. Ce que vous désiriez d'obtenir, je brûlais de l'accorder. Mais enfin je demande à mon tour: et quelle est cette demande? de vous voir un moment, de vous renouveler et de recevoir le serment d'un amour éternel. N'est-ce donc plus votre bonheur comme le mien? Je repousse cette idée désespérante, qui mettrait le comble à mes maux. Vous m'aimez, vous m'aimerez toujours; je le crois, j'en suis sûr, je ne veux jamais en douter: mais ma situation est affreuse et je ne puis la soutenir plus longtemps. Adieu, Cécile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 18 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre LXV: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-07-28T20:55:42Z</published>
    <updated>2006-09-09T12:18:01Z</updated>
    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Envoyée ouverte à la Marquise de Merteuil dans &lt;a href="http://valmont-1782.livejournal.com/6050.html"&gt;la Lettre LXVI&lt;/a&gt; du Vicomte.) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Ô ma Cécile, qu'allons-nous devenir? quel Dieu nous sauvera des malheurs qui nous menacent? Que l'Amour nous donne au moins le courage de les supporter! &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Comment vous peindre mon étonnement, mon désespoir à la vue de mes lettres, à la lecture du billet de Madame de Volanges? qui a pu nous trahir? sur qui tombent vos soupçons? auriez-vous commis quelque imprudence? que faites-vous à présent? que vous a-t-on dit? Je voudrais tout savoir, et j'ignore tout. Peut-être vous-même n'êtes-vous pas plus instruite que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous envoie le billet de votre maman, et la copie de ma Réponse. J'espère que vous approuverez ce que je lui dis. J'ai bien besoin que vous approuviez aussi les démarches que j'ai faites depuis ce fatal événement, elles ont toutes pour but d'avoir de vos nouvelles, de vous donner des miennes; et, que sait- on? peut-être de vous revoir encore, et plus librement que jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Concevez-vous, ma Cécile, quel plaisir de nous retrouver ensemble, de pouvoir nous jurer de nouveau un amour éternel, et de voir dans nos yeux, de sentir dans nos âmes que ce serment ne sera pas trompeur? Quelles peines un moment si doux ne ferait-il pas oublier? Hé bien! j'ai l'espoir de le voir naître, et je le dois à ces mêmes démarches que je vous supplie d'approuver. Que dis-je? je le dois aux soins consolateurs de l'ami le plus tendre; et mon unique demande est que vous permettiez que cet ami soit aussi le vôtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être ne devais-je pas donner votre confiance sans votre aveu? mais j'ai pour excuse le malheur et la nécessité. C'est l'amour qui m'a conduit; c'est lui qui réclame votre indulgence, qui vous demande de pardonner une confidence nécessaire, et sans laquelle nous restions peut-être à jamais séparés.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; Vous connaissez l'ami dont je vous parle; il est celui de la femme que vous aimez le mieux. C'est le Vicomte de Valmont.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon projet, en m'adressant à lui, était d'abord de le prier d'engager Madame de Merteuil à se charger d'une lettre pour vous. Il n'a pas cru que ce moyen pût réussir; mais au défaut de la Maîtresse, il répond de la Femme de chambre, qui lui a des obligations. Ce sera elle qui vous remettra cette lettre, et vous pourrez lui donner votre Réponse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce secours ne nous sera guère utile, si, comme le croit M. de Valmont, vous partez incessamment pour la campagne. Mais alors c'est lui-même qui veut nous servir. La femme chez qui vous allez est sa parente. Il profitera de ce prétexte pour s'y rendre dans le même temps que vous; et ce sera par lui que passera notre correspondance mutuelle. Il assure même que, si vous voulez vous laisser conduire, il nous procurera les moyens de nous y voir sans risquer de vous compromettre en rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, ma Cécile, si vous m'aimez, si vous plaignez mon malheur, si, comme je l'espère, vous partagez mes regrets, refuserez-vous votre confiance à un homme qui sera notre ange tutélaire? Sans lui, je serais réduit au désespoir de ne pouvoir même adoucir les chagrins que je vous cause. Ils finiront, je l'espère: mais, ma tendre amie, promettez-moi de ne pas trop vous y livrer, de ne point vous en laisser abattre. L'idée de votre douleur m'est un tourment insupportable. Je donnerais ma vie pour vous rendre heureuse! Vous le savez bien. Puisse la certitude d'être adorée porter quelque consolation dans votre âme! La mienne a besoin que vous m'assuriez que vous pardonnez à l'amour les maux qu'il vous fait souffrir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma Cécile, adieu, ma tendre amie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 9 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 M. Danceny n'accuse pas vrai. Il avait déjà fait sa confidence à M. de Valmont avant cet événement. Voyez &lt;a href="http://valmont-1782.livejournal.com/5293.html"&gt;la lettre LVII&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre LXIV: Le Chevalier Danceny à Madame de Volanges</title>
    <published>2006-07-28T20:54:35Z</published>
    <updated>2006-09-09T12:16:34Z</updated>
    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Minute jointe à &lt;a href="http://valmont-1782.livejournal.com/6050.html"&gt;la Lettre LXVI&lt;/a&gt; du Vicomte à la Marquise.)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Sans chercher, Madame, à justifier ma conduite, et sans me plaindre de la vôtre, je ne puis que m'affliger d'un événement qui fait le malheur de trois personnes, toutes trois dignes d'un sort plus heureux. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Plus sensible encore au chagrin d'en être la cause qu'à celui d'en être victime, j'ai souvent essayé, depuis hier, d'avoir l'honneur de vous répondre sans pouvoir en trouver la force. J'ai cependant tant de choses à vous dire qu'il faut bien faire un effort sur soi-même; et si cette lettre a peu d'ordre et de suite, vous devez sentir assez combien ma situation est douloureuse, pour m'accorder quelque indulgence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Permettez-moi d'abord de réclamer contre la première phrase de &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/18914.html"&gt;votre lettre&lt;/a&gt;. Je n'ai abusé, j'ose le dire, ni de votre confiance ni de l'innocence de Mademoiselle de Volanges; j'ai respecté l'une et l'autre dans mes actions. Elles seules dépendaient de moi; et quand vous me rendriez responsable d'un sentiment involontaire, je ne crains pas d'ajouter que celui que m'a inspiré Mademoiselle votre fille est tel qu'il peut vous déplaire, mais non vous offenser. Sur cet objet qui me touche plus que je ne puis vous dire, je ne veux que vous pour juge, et mes lettres pour témoins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous me défendez de me présenter chez vous à l'avenir, et sans doute je me soumettrai à tout ce qu'il vous plaira d'ordonner à ce sujet: mais cette absence subite et totale ne donnera-t-elle donc pas autant de prise aux remarques que vous voulez éviter, que l'ordre que, par cette raison même, vous n'avez point voulu donner à votre porte? J'insisterai d'autant plus sur ce point, qu'il est bien plus important pour Mademoiselle de Volanges que pour moi. Je vous supplie donc de peser attentivement toutes choses, et de ne pas permettre que votre sévérité altère votre prudence. Persuadé que l'intérêt seul de Mademoiselle votre fille dictera vos résolutions, j'attendrai de nouveaux ordres de votre part.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, dans le cas où vous me permettriez de vous faire ma cour quelquefois, je m'engage, Madame (et vous pouvez compter sur ma promesse), à ne point abuser de ces occasions pour tenter de parler en particulier à Mademoiselle de Volanges, ou de lui faire tenir aucune lettre. La crainte de ce qui pourrait compromettre sa réputation m'engage à ce sacrifice; et le bonheur de la voir quelquefois m'en dédommagera.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet article de ma lettre est aussi la seule réponse que je puisse faire à ce que vous me dites sur le sort que vous destinez à Mademoiselle de Volanges, et que vous voulez rendre dépendant de ma conduite. Ce serait vous tromper que de vous promettre davantage. Un vil séducteur peut plier ses projets aux circonstances, et calculer avec les événements mais l'Amour qui m'anime ne me permet que deux sentiments le courage et la constance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui, moi! consentir à être oublié de Mademoiselle de Volanges, à l'oublier moi-même? non, non jamais! Je lui serai fidèle; elle en a reçu le serment, et je le renouvelle en ce jour. Pardon, Madame, je m'égare, il faut revenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me reste un autre objet à traiter avec vous, celui des lettres que vous me demandez. Je suis vraiment peiné d'ajouter un refus aux torts que vous me trouvez déjà: mais, je vous en supplie, écoutez mes raisons, et daignez vous souvenir, pour les apprécier, que la seule consolation au malheur d'avoir perdu votre amitié est l'espoir de conserver votre estime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les lettres de Mademoiselle de Volanges, toujours si précieuses pour moi, me le deviennent bien plus dans ce moment. Elles sont l'unique bien qui me reste; elles seules me retracent encore un sentiment qui fait tout le charme de ma vie. Cependant, vous pouvez m'en croire, je ne balancerais pas un instant à vous en faire le sacrifice, et le regret d'en être privé céderait au désir de vous prouver ma déférence respectueuse; mais des considérations puissantes me retiennent, et je m'assure que vous-même ne pourrez les blâmer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous avez, il est vrai, le secret de Mademoiselle de Volanges; mais permettez- moi de le dire, je suis autorisé à croire que c'est l'effet de la surprise, et non de la confiance. Je ne prétends pas blâmer une démarche qu'autorise, peut-être, la sollicitude maternelle. Je respecte vos droits, mais ils ne vont pas jusqu'à me dispenser de mes devoirs. Le plus sacré de tous est de ne jamais trahir la confiance qu'on nous accorde. Ce serait y manquer, que d'exposer aux yeux d'un autre les secrets d'un cœur qui n'a voulu les dévoiler qu'aux miens. Si Mademoiselle votre fille consent à vous les confier, qu'elle parle; ses lettres vous sont inutiles. Si elle veut, au contraire, renfermer son secret en elle- même, vous n'attendez pas, sans doute, que ce soit moi qui vous en instruise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant au mystère dans lequel vous désirez que cet événement reste enseveli, soyez tranquille, Madame; sur tout ce qui intéresse Mademoiselle de Volanges, je peux défier le cœur même d'une mère. Pour achever de vous ôter toute inquiétude, j'ai tout prévu. Ce dépôt précieux, qui portait jusqu'ici pour suscription:&lt;i&gt; papiers à brûler &lt;/i&gt;porte à présent: &lt;i&gt;papiers appartenant à Madame de Volanges. &lt;/i&gt;Ce parti que je prends doit vous prouver ainsi que mes refus ne portent pas sur la crainte que vous trouviez dans ces lettres un seul sentiment dont vous ayez personnellement à vous plaindre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, Madame, une bien longue lettre. Elle ne le serait pas encore assez, si elle vous laissait le moindre doute de l'honnêteté de mes sentiments, du regret bien sincère de vous avoir déplu, et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 9 septembre17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre LX: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-07-28T20:52:25Z</published>
    <updated>2006-09-08T14:17:53Z</updated>
    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Incluse dans &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/19111.html"&gt;la précedente&lt;/a&gt;.)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Ah! Monsieur, je suis désespéré, j'ai tout perdu. Je n'ose confier au papier le secret de mes peines: mais j'ai besoin de les répandre dans le sein d'un ami fidèle et sûr. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;A quelle heure pourrais-je vous voir, et aller chercher auprès de vous des consolations et des conseils? J'étais si heureux le jour où je vous ouvris mon âme! A présent, quelle différence! tout est changé pour moi. Ce que je souffre pour mon compte n'est encore que la moindre partie de mes tourments; mon inquiétude sur un objet bien plus cher, voilà ce que je ne puis supporter. Plus heureux que moi, vous pourrez la voir, et j'attends de votre amitié que vous ne me refuserez pas cette démarche: mais il faut que je vous parle, que je vous instruise. Vous me plaindrez, vous me secourrez; je n'ai d'espoir qu'en vous. Vous êtes sensible, vous connaissez l'Amour, et vous êtes le seul à qui je puisse me confier; ne me refusez pas vos secours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, Monsieur; le seul soulagement que j'éprouve dans ma douleur est de songer qu'il me reste un ami tel que vous. Faites-moi savoir, je vous prie, à quelle heure je pourrai vous trouver. Si ce n'est pas ce matin, je désirerais que ce fût de bonne heure dans l'après-midi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 8 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre XLVI: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-05-13T17:04:31Z</published>
    <updated>2006-08-29T13:37:35Z</updated>
    <content type="html">Que vous est-il donc arrivé, mon adorable Cécile? qui a pu causer en vous un changement si prompt et si cruel? que sont devenus vos serments de ne jamais changer? Hier encore, vous les réitériez avec tant de plaisir! qui peut aujourd'hui vous les faire oublier? J'ai beau m'examiner, je ne puis en trouver la cause en moi, et il m'est affreux d'avoir à la chercher en vous. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Ah! sans doute vous n'êtes ni légère, ni trompeuse; et même dans ce moment de désespoir, un soupçon outrageant ne flétrira point mon âme. Cependant, par quelle fatalité n'êtes-vous plus la même? Non, cruelle, vous ne l'êtes plus! La tendre Cécile, la Cécile que j'adore, et dont j'ai reçu les serments, n'aurait point évité mes regards, n'aurait point contrarié le hasard heureux qui me plaçait auprès d'elle; ou si quelque raison que je ne peux concevoir l'avait forcée à me traiter avec tant de rigueur, elle n'eût pas au moins dédaigné de m'en instruire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah! vous ne savez pas, vous ne saurez jamais, ma Cécile, ce que vous m'avez fait souffrir aujourd'hui, ce que je souffre encore en ce moment. Croyez-vous donc que je puisse vivre et ne plus être aimé de vous? Cependant, quand je vous ai demandé un mot, un seul mot, pour dissiper mes craintes, au lieu de me répondre, vous avez feint de craindre d'être entendue; et cet obstacle qui n'existait pas alors vous l'avez fait naître aussitôt, par la place que vous avez choisie dans le cercle. Quand, forcé de vous quitter, je vous ai demandé l'heure à laquelle je pourrais vous revoir demain, vous avez feint de l'ignorer, et il a fallu que ce fût Madame de Volanges qui m'en instruisît. Ainsi ce moment toujours si désiré qui doit me rapprocher de vous, demain ne fera naître en moi que de l'inquiétude; et le plaisir de vous voir, jusqu'alors si cher à mon cœur, sera remplacé par la crainte de vous être importun.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déjà, je le sens, cette crainte m'arrête, et je n'ose vous parler de mon amour. Ce&lt;i&gt; je vous aime&lt;/i&gt;, que j'aimais tant à répéter quand je pouvais l'entendre à mon tour, ce mot si doux, qui suffisait à ma félicité, ne m'offre plus, si vous êtes changée, que l'image d'un désespoir éternel. Je ne puis croire pourtant que ce talisman de l'Amour ait perdu toute sa puissance, et j'essaie de m'en servir encore.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; Oui, ma Cécile, &lt;i&gt;je vous aime&lt;/i&gt;. Répétez donc avec moi cette expression de mon bonheur. Songez que vous m'avez accoutumé à l'entendre, et que m'en priver, c'est me condamner à un tourment qui, de même que mon amour, ne finira qu'avec ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 29 août 17**&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de sentir quelquefois le prix d'un mot d'une expression, consacrés par l'Amour, ne trouveront aucun sens dans cette phrase&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre XXXI: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-05-13T17:03:12Z</published>
    <updated>2006-08-31T16:39:26Z</updated>
    <content type="html">Oui, sans doute, nous serons heureux. Mon bonheur est bien sûr, puisque je suis aimé de vous; le vôtre ne finira jamais, s'il doit durer autant que l'Amour que vous m'avez inspiré. Quoi! vous m'aimez, vous ne craignez plus de m'assurer de votre &lt;i&gt;amour! Plus vous me le dites, et plus vous êtes contente! &lt;/i&gt;Après avoir lu ce charmant &lt;i&gt;je vous aime&lt;/i&gt;, écrit de votre main, j'ai entendu votre belle bouche m'en répéter l'aveu. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;J'ai vu se fixer sur moi ces yeux charmants, qu'embellissait encore l'expression de la tendresse. J'ai reçu vos serments de vivre toujours pour moi. Ah! recevez le mien de consacrer ma vie entière à votre bonheur; recevez-le, et soyez sûre que je ne le trahirai pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelle heureuse journée nous avons passée hier! Ah! pourquoi Madame de Merteuil n'a-t-elle pas tous les jours des secrets à dire à votre Maman? pourquoi faut-il que l'idée de la contrainte qui nous attend vienne se mêler au souvenir délicieux qui m'occupe? pourquoi ne puis-je sans cesse tenir cette jolie main qui m'a écrit&lt;i&gt; je vous aime&lt;/i&gt;! la couvrir de baisers, et me venger ainsi du refus que vous m'avez fait d'une faveur plus grande!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dites-moi, ma Cécile, quand votre Maman a été rentrée; quand nous avons été forcés, par sa présence, de n'avoir plus l'un pour l'autre que des regards indifférents; quand vous ne pouviez plus me consoler par l'assurance de votre amour, du refus que vous faisiez de m'en donner des preuves, n'avez-vous donc senti aucun regret? ne vous êtes-vous pas dit: Un baiser l'eût rendu plus heureux, et c'est moi qui lui ai ravi ce bonheur? Promettez-moi, mon aimable amie, qu'à la première occasion vous serez moins sévère. A l'aide de cette promesse, je trouverai du courage pour supporter les contrariétés que les circonstances nous préparent; et les privations cruelles seront au moins adoucies par la certitude que vous en partagez le regret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma charmante Cécile: voici l'heure où je dois me rendre chez vous. Il me serait impossible de vous quitter, si ce n'était pour aller vous revoir. Adieu, vous que j'aime tant! vous, que j'aimerai toujours davantage!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 25 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre XXVIII: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-05-13T17:02:12Z</published>
    <updated>2006-08-23T11:41:47Z</updated>
    <content type="html">Eh! quoi, Mademoiselle, vous refusez toujours de me répondre! rien ne peut vous fléchir; et chaque jour emporte avec lui l'espoir qu'il avait amené! Quelle est donc cette amitié que vous consentez qui subsiste entre nous, si elle n'est pas même assez puissante pour vous rendre sensible à ma peine; si elle vous laisse froide et tranquille, tandis que j'éprouve les tourments d'un feu que je ne puis éteindre; si, loin de vous inspirer de la confiance, elle ne suffit pas même à faire naître votre pitié? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Quoi! votre ami souffre et vous ne faites rien pour le secourir! Il ne vous demande qu'un mot, et vous le lui refusez! et vous voulez qu'il se contente d'un sentiment si faible, dont vous craignez encore de lui réitérer les assurances!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous ne voudriez pas être ingrate, disiez-vous hier: ah! croyez-moi, Mademoiselle, vouloir payer de l'Amour avec de l'amitié, ce n'est pas craindre l'ingratitude, c'est redouter seulement d'en avoir l'air. Cependant je n'ose plus vous entretenir d'un sentiment qui ne peut que vous être à charge, s'il ne vous intéresse pas; il faut au moins le renfermer en moi-même, en attendant que j'apprenne à le vaincre. Je sens combien ce travail sera pénible; je ne me dissimule pas que j'aurai besoin de toutes mes forces; je tenterai tous les moyens: il en est un qui coûtera le plus à mon cœur, ce sera celui de me répéter souvent que le vôtre est insensible. J'essaierai même de vous voir moins, et déjà je m'occupe d'en trouver un prétexte plausible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi! je perdrais la douce habitude de vous voir chaque jour! Ah! du moins je ne cesserai jamais de la regretter. Un malheur éternel sera le prix de l'Amour le plus tendre; et vous l'aurez voulu, et ce sera votre ouvrage! Jamais, je le sens, je ne retrouverai le bonheur que je perds aujourd'hui; vous seule étiez faite pour mon cœur; avec quel plaisir je ferais le serment de ne vivre que pour vous. Mais vous ne voulez pas le recevoir; votre silence m'apprend assez que votre cœur ne vous dit rien pour moi; il est à la fois la preuve la plus sûre de votre indifférence, et la manière la plus cruelle de me l'annoncer. Adieu, Mademoiselle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ose plus me flatter d'une réponse; l'Amour l'eût écrite avec empressement, l'amitié avec plaisir, la pitié même avec complaisance: mais la pitié, l'amitié et l'Amour sont également étrangers à votre cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 23 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre XVII: Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges</title>
    <published>2006-05-13T16:59:46Z</published>
    <updated>2006-08-18T07:46:41Z</updated>
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    <content type="html">Avant de me livrer, Mademoiselle, dirai-je au plaisir ou au besoin de vous écrire, je commence par vous supplier de m'entendre. Je sens que pour oser vous déclarer mes sentiments, j'ai besoin d'indulgence; si je ne voulais que les justifier, elle me serait inutile. Que vais-je faire après tout que vous montrer mon ouvrage? Et qu'ai-je à vous dire, que mes regards, mon embarras, ma conduite et même mon silence ne vous aient dit avant moi? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Eh! pourquoi vous fâcheriez-vous d'un sentiment que vous avez fait naître? Emané de vous, sans doute il est digne de vous être offert; s'il est brûlant comme mon âme, il est pur comme la vôtre. Serait-ce un crime d'avoir su apprécier votre charmante figure, vos talents séducteurs, vos grâces enchanteresses, et cette touchante candeur qui ajoute un prix inestimable à des qualités déjà si précieuses? non, sans doute; mais, sans être coupable, on peut être malheureux; et c'est le sort qui m'attend, si vous refusez d'agréer mon hommage. C'est le premier que mon cœur ait offert. Sans vous je serais encore, non pas heureux, mais tranquille. Je vous ai vue; le repos a fui loin de moi, et mon bonheur est incertain. Cependant vous vous étonnez de ma tristesse; vous m'en demandez la cause: quelquefois même j'ai cru voir qu'elle vous affligeait. Ah! dites un mot, et ma félicité sera votre ouvrage. Mais, avant de prononcer, songez qu'un mot peut aussi combler mon malheur. Soyez donc l'arbitre de ma destinée. Par vous je vais être éternellement heureux ou malheureux. En quelles mains plus chères puis-je remettre un intérêt plus grand?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je finirai, comme j'ai commencé, par implorer votre indulgence. Je vous ai demandé de m'entendre; j'oserai plus; je vous prierai de me répondre. Le refuser, serait me laisser croire que vous vous trouvez offensée, et mon cœur m'est garant que mon respect égale mon amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P-S. Vous pouvez vous servir, pour me répondre, du même moyen dont je me sers pour vous faire parvenir cette Lettre; il me paraît également sûr et commode.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 18 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>danceny_1782 @ 2006-05-08T18:15:00</title>
    <published>2006-05-08T17:15:39Z</published>
    <updated>2006-05-08T17:15:39Z</updated>
    <content type="html">This is the character journal for the Chevalier Danceny in the real-time reading of Laclos' &lt;i&gt;Les Liaisons Dangereuses&lt;/i&gt;, which will be arriving in August at &lt;span class='ljuser' lj:user='lesliaisons1782' style='white-space: nowrap;'&gt;&lt;a href='http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/profile'&gt;&lt;img src='http://p-stat.livejournal.com/img/community.gif' alt='[info]' width='16' height='16' style='vertical-align: bottom; border: 0; padding-right: 1px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/'&gt;&lt;b&gt;lesliaisons1782&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.</content>
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